Interview Frappé Records : "Le come back de la French Touch"


18 juin 2020

Donner un second souffle à la French Touch, y apporter une puissance, une originalité et un vent de fraîcheur tout en gardant son côté dansant et festif, telle est la mission de Frappé Records, nouveau label français crée par les producteurs Basile De Suresnes et Ten Fingerz. « FÊTE EN L’AIR », le premier EP du label, réunit sur un disque les deux fondateurs ainsi que la crème de la scène House française du moment avec Madcat et Deborah Aime La Bagarre.

Mots : Florent Sales | Illustration : Ivan Peev

Ce premier EP s’inspire des productions d’hier et y incorpore les codes d’aujourd’hui. On retrouve notamment un travail de sampling et de Lo-Fi, et la présence d’instruments mythiques comme la TR909 et la TB303.

La musique électronique française a explosé dans les années 90 en donnant une touche française à la House music, avec en fer de lance des artistes comme Daft Punk, Étienne De Crécy, Laurent Garnier, Cassius, Justice ou encore Ed Banger. Avec Frappé, les deux compères parisiens veulent mettre en avant des productions hétéroclites mais qui auront toutes pour point commun cette « touche française ».

Le résultat c’est un EP qui donne envie de faire la fête, de danser et de s’embrasser malgré les gestes barrières. Frais, entraînant, groovy, ce premier EP donne le ton et laisse entrevoir de belles promesses et de beaux jours devant eux !

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Déborah Aime La Bagarre sur son morceau "Victoire Disco" : "La base de ce morceau consiste en quelques extraits d’une production disco funk obscure des années 80 (je crois) que j’ai minutieusement coupée, modifiée, triturée. Pour la première fois que je microsamplais, j’ai pris un plaisir fou à assembler des courts instants de ce morceau dans un ordre nouveau afin de lui donner une dynamique et un sens tout autre par rapport à l’œuvre originale. Et puis par dessus ça, des drums House punchy et une bassline à tendance Italo faite maison, bien sûr."

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Ce qu’il nous manque maintenant c’est d’écouter ces pépites en club sur un bon soundsystem pour en tirer leur quintessence, et justement, bonne nouvelle, on retrouvera le 9 juillet Basile De Suresnes & Ten Fingerz au Sacré pour un live Stream où l’on aura la chance d’écouter cet EP, volume à fond. On a hâte.

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Pour écouter et/ou acheter l’EP :

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Salut Bruno (Ten Fingerz) et Basile (De Suresnes) ! Merci de répondre à nos questions ! Je vous laisse vous présenter rapidement chacun votre tour et nous dire comment vous vous êtes rencontrés.

Ten Fingerz :

Hey ! Lyonnais d’origine, j’ai commencé à mixer dans les 90s, une époque où c’était le vinyle sinon rien ! J’ai connu les Rave sur Lyon, puis ai vécu à Edimbourg pendant quelques années, où j’ai continué de mixer, d’organiser des soirées et d’acheter beaucoup (trop) de vinyles. Arrivé sur Paris, il y a 10 ans, je mixais pour le fun quand on s’est rencontrés avec Basile : ensemble on s’est mis à monter de nouveaux projets jusqu’à Frappé et ce premier disque, sur lequel je suis super content de poser une track.

Basile de Suresnes :

Yo ! Pour me présenter rapidos :  je viens de l’agglomération Suresnes / Puteaux. J’ai toujours été musicien et il y a quelques années je me suis mis à mixer pour le fun. De là, on s’est dit avec Ten Fingerz que ce serait plus cool de mixer devant du monde que dans notre piaule, alors on s’est mis à organiser des soirées house sur Paris. Et depuis peu je me suis mis à la prod ! To be continued

La rencontre :

Basile de Suresnes : J’étais serveur dans un bar. J’amène sa troisième pinte à un mec plutôt bonne gueule en terrasse (Ten Fingerz), qui lisait Traxmag. De là on discute, et il me dit qu’il est DJ et qu’il était résident dans un club à Edimburg… Quatrième pinte je lui propose de m’apprendre à Mixer (sur vinyles, j’en ai toujours rêvé). Quelques jours après, je squattais sa chambre (et ses platines )1 jour sur 2. Puis un jour on s’est dit « organisons des soirées ». Tout a commencé par un bel echec, une soirée perrave, avec une sono perrave, blindé de monde bloqué à l’entrée. Bref… on a remis le couvert et ça dure depuis 4 ans Ahah !

Ten Fingerz : je dis rarement oui à un mec que je ne connais que depuis 4 pintes pour venir dans ma chambre toucher mes Technics et mes skeuds, c’est beaucoup trop intime ! Mais Basile m’a tout de suite plu : je lui ai filé mon num, j’ai senti qu’il avait qq chose de spécial, je peux dire aujourd’hui, que même après quelques verres, je crois que j’avais vu juste !

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Ça va vous avez survécu au confinement et à cette période si particulière ? Pour nous il y a eu deux catégories de personnes, ceux qui sont restés à Paris et ceux qui ont eu de la chance et sont partis, dans quelle catégorie vous rentrez ?

TF : J’étais dans mon appart’, avec 2-3 machines, mes platines, beaucoup de skeuds, j’aurais pu tenir encore 6 mois facile avant de m’ennuyer.

BDS : Perso, suis resté à la Zonz et j’ai pas foutu grand chose.

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Après avoir discuté avec beaucoup d’entre eux, il ressort aussi deux catégories de producteurs de musique : ceux qui ont été inspirés et productifs, et ceux pour qui la période leur a enlevé la créativité et l’envie. Comment ça s’est passé pour vous les gars ?

BDS : De mon côté j’ai été productif oui ! J’ai pas mal exploré mes machines, j’ai sorti 3-4 morceaux que je garde au chaud pour le moment, pour un prochain EP probablement.

TF : j’ai fait beaucoup de musique : j’en ai profité pour apprendre de nouvelles façons de produire et j’ai commencé quelques projets qui devraient aboutir dans les prochaines semaines.

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Vous aviez de quoi vous occuper avec le lancement de Frappé d’un côté ! Créer un label, quelle belle aventure ! Racontez-nous comment est née l’idée de cette collaboration entre vous. Et pourquoi avoir choisi le nom Frappé ? Cela vous représente bien vous pensez ? :)

BDS : On parlait il y a quelques minutes de notre rencontre et du fait que nous avons commencé à monter des soirées ensemble il y a quelques années. Le Label était pour nous la suite logique des choses : aller un peu plus loin, en se créant une légitimité en tant qu’artistes, une légitimité en tant qu’organisateurs d’event, et l’envie de se créer un réel univers et de le mettre en avant.

« Frappé » pour plusieurs raisons : ça sonne français, c’est percutant, ça exprime la violence et la folie, et c’est une belle dédicace au label Roulé (paix à son âme).

TF : On s’est toujours énormément amusés aux platines et à orga des events, mais on avait aussi envie de faire d’autres choses, de sortir notre musique, de collaborer avec des artistes qui nous font kiffer, le label est l’expression et la concrétisation de ces envies. Comme on adore les prods françaises qui envoient fort, ce nom - à la fois claque sonore et hommage - exprime assez bien notre identité.

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Pourquoi avoir choisi de remettre au goût du jour ce style « French Touch » ? Nostalgie de cette belle époque ?

BDS : Je pense qu’avec Ten Fingerz on a vraiment en commun ce goût pour la frenchtouch : percutante, dansante et si reconnaissable. Autant lui que moi en jouons très souvent dans nos sets, et nous nous sommes toujours dits que ça nous manquait ce genre de morceaux, et qu’on aimerait voir d’autres artistes en produire et en jouer aujourd’hui.

TF : La musique électronique française est à la fois riche et singulière, avec beaucoup d’artistes, de labels et de tracks qui nous inspirent, qu’on adore jouer, qui nous font danser. On essaie humblement de marcher dans leurs pas, de faire partie de ce bel héritage, de transmettre cette énergie et de continuer cette fête.

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Quel artiste de cette époque 90’ - 2000 vous a le plus marqué et pourquoi ? Sur quel morceau vous avez le plus dansé à l’époque ?

TF : Question très compliquée : donner un seul morceau je vais pas pouvoir, lol ! Mais pour tenter de répondre au moins un peu : au milieu des 2000 pour moi ça a beaucoup été DJ Gregory et Julien Jabre, qui sortaient prod de malades sur prod de malades, c’était du délire. Néanmoins, si je devais garder un seul disque ce serait Homework de Daft Punk : de l’esprit rave de Rollin’ and Scratchin’ et Rock’n Roll, au côté presque pop de Around The world, à la House façon Chicago de Burnin’ ou Revolution 909, il y a tout dans ce disque. Aujourd’hui c’est un classique absolu, mais au moment de sa sortie c’était un son très nouveau et déjà une énorme tarte sur le dancefloor.

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Et j’en profite, je suis obligé de vous demander votre morceau « plaisir coupable » de l’époque ! Et soyez sincères, hein !

BDS : Bob Sinclar - The Ghetto ! Et ce n’est pas un plaisir coupable finalement. C’est juste un kiff à chaque fois.

TF : BorisSoirée Disco. Un truc complètement con et décalé, mais qui me fait marrer à chaque fois que je l’entends.

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Pourquoi avoir choisi Madcat et Deborah Aime La Bagarre pour représenter le label avec ce premier EP ? Vous connaissiez leur travail et les suiviez déjà ? Comment s’est déroulée votre collaboration avec eux ?

BDS : Ils sont tous les deux des artistes que nous suivons depuis pas mal de temps désormais ! Et nous avions eu l’occasion de discuter ensemble plusieurs fois, voire de mixer ensemble sur plusieurs events avec Déborah Aime La Bagarre.

Tant sur l’esprit que d’un point de vue artistique, nous nous sommes dits que le projet leur plairait et qu’ils sauraient très bien y faire ! Donc on les a contactés en leur disant « les gars faites vous plaisir, faites un morceau que vous n’avez pas l’habitude de faire, mais qui déboite un dancefloor à l’ancienne ».

TF : Clairement 2 gars sûrs qu’on a identifié depuis pas mal de temps comme d’excellents producteurs, avec un bel état d’esprit qui colle bien à ce qu’on a envie de faire. Ils ont été chauds dès qu’on leur a parlé du projet, ensuite tout s’est fait très naturellement.

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L’opération solidaire pour soutenir la culture club française « United We Stream » se déroule en France de Juin à Juillet avec des super line-up. Que pensez-vous de cette opération ? Vous allez regarder quels artistes vous ?

BDS : Super initiative ! C’est cool que les artistes continuent de tourner et de faire parler d’eux. Je zap un peu à droite à gauche et je m’arrête quand ça me branche mais pas d’agenda !

TF : C’est top de proposer quelque chose comme ça, pour les artistes et pour le public, qui trépigne aussi de pouvoir retourner en club. J’ai maté un peu la session DJ Deep / Mezigue / Darzack au Rex, c’était très lourd.

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Que pensez-vous de tout cet afflux de mixs en streaming qui circulent sur le réseaux ? Bonne façon de partager sa musique ? Vous, quel serait l’endroit insolite où vous rêveriez mixer ?

BDS : Je trouve ça super positif que la toile se soit animée pendant cette période un peu galère. Autant cela a donné de la visibilités aux artistes qui ont pu toucher et élargir leur public, autant c’était cool de se balader sur les réseaux et de faire plein de découvertes ! Je suivais notamment l’artiste Mangabey qui faisait des sessions piano au max !

Je mixerais bien dans un Kebab, au fond de la salle.

TF : je crois que tout ce stream est parti d’un truc très frais et spontané, qui au final a un peu saoulé tout le monde, haha. Y’avait vraiment des trucs mortels dans tout ça, perso j’ai suivi un peu Kink, DJ Sneak, Phil Weeks, S3A : y’avait du gros level niveau sessions, merci les gars !

Je mixerais bien devant le Kebab où est Basile, juste pour le saouler :p

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Danser, écouter du son, rencontrer des gens… Vous ça vous manque ? C’est quoi votre meilleur souvenir en teuf ? Votre pire souvenir ?

BDS :  Yeah ça manque un max ! Mon meilleur souvenir c’était en festoche, j’avais mis une doudoune orange et en me faisant passer pour le staff, je m’étais retrouvé à boire des verres en loges avec des artistes, et sur scène à check Busy P en plein set. Ca a duré plusieurs heures avant que je me fasse péter et dégager.

Mon pire souvenir (qui ne l’est plus finalement) : un WE bien chargé à Berlin. Je me suis juré de ne plus y foutre les pieds en rentrant. Bien-sûr j’y ai refoutu les pieds.

TF : la musique c’est surtout du partage, par écrans interposés c’est cool mais y’a quand même quelque chose qui se perd, sans parler du gros sound system qui donne aussi sa dimension à cette musique, donc oui ça manque ! Heureusement, la réouverture est pour bientôt semble-t-il.

Meilleur souvenir : Derrick Carter il y a quelques années en Ecosse, il a tellement envoyé que j’ai pas pu m’arrêter de danser, jusqu’au closing, c’est une fois dehors que j’ai vu que mon T shirt et mon Jean étaient trempés de sueur et de bière, je ressemblais plus à rien, mais j’étais heureux comme jamais.

Pire : Une ou deux raves arrêtées par les keufs sur Lyon, quand danser était quasiment un acte militant, j’y pense avec tristesse et nostalgie, les interdictions étaient intolérables, mais quand on pouvait enfin danser, la fête prenait alors tout son sens.

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La période que l’on vit a du pas mal freiné vos projets et vos plans pour cet été… C’est quoi le programme des prochains mois pour Frappé Records ? Une release party quand ce sera possible ? Des prochaines sorties de prévu ?

BDS : Effectivement ça nous a bien freiné, notamment sur notre première sortie ! La release party est décalée en septembre notamment. A venir, un prochain Various en septembre, mais je donne pas de blazes !

TF : on est méga impatients de cette release, ça va être grandiose de pouvoir de nouveau retourner un club : faudra pas manquer ça.

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Merci à vous les gars, c’était bien intéressant tout ça ! On se retrouve donc le 9 juillet au Sacré ? Vous êtes chauds ?

TF : Très chaud pour le disco bar du Sacré où on a déjà joué, on adore cette ambiance boule à facettes.